correspondances*

JUIN 2024
*LA NEWSLETTER DE TRANSAMO #22

édito


VINCENT CORDONNIER
DIRECTEUR GÉNÉRAL


Du vélo au métro, en passant par le tram et le BHNS, ce numéro illustre bien, à nouveau, comment nous agissons collectivement sur tous les fronts, avec les décideurs, les ingénieries, les exploitants et les industriels, pour déployer au plus vite les conditions d'une mobilité cohérente, efficace et sobre, réponse indispensable à l'urgence climatique.
En parallèle, les études de préfiguration des projets de SERM avancent à grand pas vers la labélisation et l’obtention du statut de SERM, la mise en place des outils de financement et de gouvernance nécessaires à l'émergence d'alternatives efficaces à l'autosolisme pour les transports du quotidien entre les centres-villes et les secteurs péri-urbains les moins denses. Transamo était présent, comme la plupart des acteurs du monde des transports publics, lors du colloque de l'association Objectifs RER Métropolitain à Strasbourg, et nous avons pu sentir, en particulier lors de la table ronde que nous y avons animée, l'intérêt de tous pour ces nouveaux challenges nécessitant encore davantage de convergence entre tous les acteurs, toutes les volontés et tous les talents. Nous serons bien sûr au rendez-vous !

Vélival, changement de braquet pour la pratique cyclable de la Métropole de Tours Val de Loire


Tours Métropole Val de Loire est engagée depuis 2001 dans le développement de la pratique cyclable avec l’élaboration de son 1er schéma directeur cyclable.

En 2020, à partir de ses atouts pour la pratique cyclable, la Métropole de Tours a entrepris l’élaboration d’un Schéma Cyclable Structurant (RCS), approuvé en 2022. Ce dernier, long de 350 kilomètres, est conçu en toile d’araignée et permettra à terme de relier rapidement toutes les communes de la métropole, de la périphérie au centre, ainsi que les communes périphériques entre elles. Des connexions avec les collectivités limitrophes sont également projetées.

Les aménagements composant ce réseau répondent à un cahier des charges précis avec l’objectif d’offrir aux usagers des déplacements confortables, sécurisés, continus et rapides.

Ce réseau est pensé pour permettre le déplacement de toutes et tous, des jeunes, des personnes âgées, des personnes peu à l’aise avec les véhicules, et pas uniquement des personnes pratiquant actuellement le vélo.

Le projet « Vélival » a vu le jour dès 2020. Cependant l’année 2023 a marqué l’accélération du projet avec la concertation du public du 27 novembre au 22 décembre et la tenue d’une réunion publique le 29 novembre sur les 5 premiers itinéraires soit 80 kilomètres. Cette concertation a permis de tirer un bilan positif du projet et de lancer la phase opérationnelle.

L’année 2024 sera riche avec la validation des études de conception des 5 itinéraires, la réalisation d’environ 10 M€ HT de travaux avec les 1ères réalisations sur les communes de Tours et Parçay-Meslay. D’ici fin 2026, ce sont 7 itinéraires sur 110 kilomètres et une nouvelle passerelle qui seront aménagés et améliorerons la vie des cyclistes !

La réalisation d’un tel réseau cyclable nécessite un grand nombre de compétences internes à mettre en action. Le projet « Vélival », de par sa longueur et son hétérogénéité nécessite une organisation spécifique permettant de :

  • Passer et piloter l’ensemble des marchés,
  • Assurer la communication,
  • Gérer les 200 acquisitions foncières,
  • Obtenir les autorisations environnementales et d’urbanisme,
  • Suivre les études et les travaux,
  • Tenir les engagements financiers de Tours Métropole Val de Loire.

Nous vous donnons rendez-vous en septembre 2024 pour l’inauguration de la 1ère section et fin 2026 pour parcourir les 110 kilomètres à travers notre beau territoire ! Transamo, avec son co-mandataire historique local, la SET, assure la Maitrise d’ouvrage déléguée pour le compte de Tours Métropole Val de Loire pour la réalisation des 5 premiers itinéraires ainsi que la création de l’identité du réseau « Vélival ».

Pierre Lecocq,
Directeur de projet Mandat de Maîtrise d’ouvrage Vélival

L’œil de…

Emmanuel Denis,


Maire de Tours, Vice-Président Tours Métropole Val de Loire, délégué aux transports et aux mobilités douces, Président du Syndicat des Mobilités de Touraine

En avril dernier, Vélival a été dévoilé au grand public. Pouvez -vous nous expliquer sa signification …?

Vélival est le nom donné au réseau cyclable structurant de Tours métropole Val de Loire. Ce nom est évocateur pour les habitants comme pour nos visiteurs : il fait référence au vélo bien sûr, mais aussi au fait que nous sommes un territoire structuré par deux belles vallées : celle de la Loire, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, et celle du Cher connue entre autres par l'enjambée du Château de Chenonceau.

Le logo que nous avons retenu a une gamme chromatique qui reprend les couleurs de notre environnement ligérien : un bleu ardoise et un vert intense. Son dessin est sobre et efficace, semblable à celui d'un pictogramme. Merci à Olivier Auroy, RCP Design Global et Transamo pour avoir accompagné sa conception. Le travail d'identité de réseau est précieux, car il devra faciliter le quotidien des cyclistes d'aujourd'hui et de demain, tout en cohabitant avec d'autres identités comme celles de la Loire à vélo ou de Cœur de France à vélo.

…Et nous en dire plus sur ce réseau et sa temporalité ?

Vélival, c'est avant tout une ambition : 110 kilomètres de voies cyclables aménagés d'ici 2026 à l'échelle de la métropole tourangelle, soit 7 itinéraires sur les 13 prévus. A plus long terme, le projet prévoit l'aménagement de 350 kilomètres pour connecter toutes les communes de la métropole entre elles.

Le réseau Vélival c'est aussi un cahier des charges qui permettra de lutter contre les discontinuités cyclables, sécuriser les points noirs identifiés de longue date par les cyclistes, limiter les nombreux conflits d'usages entre les cycles, les piétons et les véhicules motorisés et offrir des infrastructures confortables à tous les usagers - cyclistes aguerris ou occasionnels. A l'échelle de la métropole et en bonne intelligence avec les autres intercommunalités d'Indre-et-Loire, Vélival s'intégrera dans un réseau multimodal structuré par notre futur RER métropolitain ("SERM"), une deuxième ligne de tramway, une belle ligne de bus à haut niveau de services, sans compter les transports en commun déjà existants et performants. A l'échelle de Tours, dont je suis maire, Vélival s'articule avec un plan d'apaisement qui repensera les logiques de transit automobile au profit des modes actifs, qui embellira les cœurs de quartier et repensera nos espaces publics à l'échelle du piéton.

Tours Métropole Val de Loire pilote la mise en œuvre de ce réseau cyclable accompagné d’une maîtrise d’ouvrage déléguée. Quels bénéfices en tirez-vous ?

Vélival s'appuie sur les compétences des services de la métropole et des communes qui la composent, notamment pour que les différents projets de mobilité et d'aménagement s'articulent suffisamment entre eux. Dans ce contexte, la maîtrise d'ouvrage déléguée présente plusieurs avantages : celui de bénéficier de l'expertise d'une grande entreprise spécialisée dans la gestion de projets, celui de concentrer les ressources internes vers les activités de pilotage global, ou encore celui d'optimiser tous les processus de conduite de chantier et d'information grand public.


exemple à suivre


Doubler la capacité d’une ligne de métro ? L’exemple de la ligne 1 du Métro de Lima

Mise en service en 2011, la ligne 1 du métro de Lima est aujourd’hui saturée. Face à des queues au pied des stations dès les premières heures de la journée, l’opérateur TULSA et les autorités organisatrices de transport souhaitent trouver la meilleure solution technique pour remédier à cette situation. Cette dernière a été confortée par une étude d’affluence qui a permis à TULSA de démontrer la réalité d’une demande toujours croissante et la nécessité de doubler la capacité de la ligne de 500 000 à 1 million de passagers par jour dans les 5 ans à venir. Par ailleurs, avec l’ouverture prochaine de la ligne 2, il est également nécessaire de conduire un projet de création d’une nouvelle station afin de permettre l’interconnexion entre les lignes 1 et 2.

C’est dans ce contexte que TULSA a sollicité Transamo en octobre 2023 pour les accompagner dans le lancement de ces projets de développement.

Quelles études avons-nous produit pour permettre à ce projet de démarrer ?

Transamo a mobilisé ses équipes afin de produire des simulations d’opération et de traction, une analyse multicritère de l’ensemble des options techniques dégagées en particulier pour le système de signalisation et de supervision de la ligne. Nous avons aussi revu le plan de modernisation des stations, le plan de maintenance du matériel roulant et le système de billettique. Des études aux larges périmètres ont donc permis de prendre en compte toutes les complexités d’un système de métro afin de proposer :

  • L’implémentation d’un système CBTC avec un intervalle d’opération objectif de 1’30’’ au lieu de 3’ actuellement,
  • Le renforcement de la flotte de train
  • Le renforcement du système de fourniture d’énergie
  • Une réorganisation du centre de maintenance pour pouvoir accueillir la nouvelle flotte
  • Une optimisation du plan de voie en particulier des stations terminus.

Pour ce faire, nous avons pu nous appuyer sur l’expertise de nos équipes dont les compétences ont été éprouvées sur de nombreux projets de métro à travers le monde et plus récemment à Paris avec le Grand Paris Express, pour lequel Transamo est l’AMO sur la ligne 18 ainsi que l’opérateur virtuel sur les lignes 15 à 18.

Quelle est la suite donnée à ces études ?

Après cette première étape conclue fin décembre 2023, TULSA a communiqué son projet aux autorités qui ont émis des observations techniques auxquelles nos futures études apporteront des réponses. L’objectif est de clôturer cette première étape à l’été 2024 afin d’aller vers une négociation contractuelle qui permettra de lever les fonds nécessaires au démarrage des études de conception détaillée. L’étape suivante devrait conduire à une passation des marchés avec les différents fournisseurs à l’horizon fin 2025.

Au-delà d’une analyse comparative des solutions techniques, nous avons produit une évaluation du cout et un planning directeur afin de cadrer concrètement l’investissement nécessaire à la réalisation d’un tel projet. Montée en quelques semaines, cette mission a été pour Transamo l’occasion de rassembler des compétences de haut niveau sur l’ensemble des périmètres systèmes, maintenance et exploitation. Accompagné de trois partenaires (Nordic Signal, GESTE, BG/WSP), nous avons su produire en 2 mois un diagnostic du système de transport et dessiner les grandes lignes d’un projet qui devrait permettre de doubler la capacité de la première ligne de métro péruvienne.

Alexis Chavelas,
Directeur Métier Systèmes, Maintenance, Exploitation


C’est déjà demain

Une veille intelligente, au service de l’efficacité opérationnelle et de la sécurité


Dans le paysage dynamique des transports urbains, une transformation discrète mais révolutionnaire se profile à l'horizon : la transition de la veille classique du conducteur à la veille intelligente. Cette évolution promet non seulement d'optimiser l'efficacité opérationnelle, mais également d’améliorer la sécurité.

C’est quoi la veille ?

Dans le monde ferroviaire, nous parlons de système « de veille », « de VACMA » ou « d’homme mort » mais savez-vous ce que c’est ? Ce sont des systèmes de sécurité, basés historiquement sur des actions volontaires et répétées du conducteur, qui permettent de garantir qu’il est conscient à son poste de conduite et qu’il a bien la maitrise de son véhicule. Ces systèmes, lorsqu’ils ne sont pas activés régulièrement par le conducteur et après une alerte sonore en cabine, déclenchent un freinage automatique du matériel roulant.

Dans le monde du tramway, la circulation se fait dans un milieu qui exige une vigilance particulière du conducteur vis-à-vis des automobilistes, cyclistes, piétons et autres usagers. Malgré cela, des situations imprévisibles peuvent amener le conducteur à ne plus être maitre de son véhicule : crampe, évanouissement, fatigue, inattention… mettant à risque la sécurité des voyageurs ainsi que des personnes circulant à proximité du tramway. C’est pour cela qu’une surveillance permanente de la vigilance du conducteur est primordiale.

Un système veille conducteur fait référence à la vigilance et à l'attention constante que doit maintenir le conducteur pendant qu'il opère le tramway. En d'autres termes, c'est sa capacité à surveiller activement son environnement (les signaux de circulation, les feux, les arrêts désignés, les passages à niveau…), à anticiper les obstacles et à réagir rapidement aux situations imprévues tout au long du trajet.

La veille classique

Cette surveillance consiste à contrôler de manière périodique des actionneurs accessibles dans l’environnement du conducteur. Ces actionneurs peuvent être une pédale au niveau du repose pieds du conducteur ou l’appui sur une zone tactile du manipulateur de traction-freinage (par pression ou relâchement).

Ces actions sont cycliques et cadrées par des temporisations de maintien ou de relâchement de l’actionneur qui débutent à l’action du conducteur et se terminent par le déclenchement d’un freinage si le conducteur ne réagit pas.

Néanmoins, ce type de mouvements répétitifs, sur le long terme peut être source de troubles musculosquelettiques (TMS) liés aux répétitions de gestes ou la crispation de la main sur le manipulateur, de perturbations cognitives et de stress du fait que le conducteur a en permanence en tête cette obligation de répéter une action tout le long du trajet.

Les fréquences d’appui sont importantes. Sur 1 mn de trajet, il est possible de relever un minimum de 10 flexions de la main pour activer la veille. Cela représente plus de 400 flexions pour un trajet moyen de 40 mn.

Ces situations, ont amené les exploitants et le STRMTG à essayer de faire évoluer le système pour qu’il soit moins traumatisant, tout en garantissant la sécurité. Ces évolutions sont passées par des réflexions et essais sur une répartition différente des temporisations d’appui et de relâchement des boutons de veille, sans réellement trouver une solution idéale. C’est pour cela qu’une nouvelle technologie est en train de voir le jour et qu’elle sera déployée sur les nouveaux projets d’acquisition de matériel roulant en France. Ce dispositif complémentaire est appelé « Intelligent ».

La veille intelligente

Tout comme la veille classique, la fonction intelligente vise à garantir la présence et la vigilance du conducteur tout au long du trajet mais cette fois-ci en surveillant ses actions et gestes habituels de conduite, telles que l'utilisation du gong, du klaxon et le mouvement du manipulateur de traction-freinage.
Cela permet au conducteur de se concentrer principalement sur la conduite, en particulier dans les zones où les véhicules partagent la route avec d'autres usagers, sans avoir à penser à activer en permanence le système. En cas de manque de vigilance du conducteur, une d'alarme est déclenchée dans la cabine de conduite. Si le conducteur ne réagit pas à cette alarme, un freinage d'urgence est automatiquement activé, immobilisant ainsi le tramway.

Bien que la veille intelligente présente de nombreux avantages, elle n'est pas exempte de défis. Sa fiabilité sera mise à l’épreuve dans les projets à venir.

Cette fonction n’est pas encore répandue en France, le 1er réseau qui en bénéficie est le réseau nantais sur les nouvelles rames Alstom, mises en service en avril 2024. Les réseaux qui suivront seront ceux de Strasbourg, Besançon, Brest et Toulouse.

Il ne faut pas oublier que l'intégration harmonieuse de cette technologie dans les matériels roulants existants peut nécessiter des investissements considérables et faire accepter parfois que plusieurs types de systèmes cohabitent sur un même réseau. Au-delà de l’aspect technique, il est impératif d’intégrer le facteur humain dans ces évolutions afin d’obtenir le consentement des utilisateurs.

Qu’en est-il d’autres technologies ? Comment les systèmes d'intelligence artificielle pourront s’intégrer dans ce milieu ? Est-il possible d’éliminer les risques liés à la fatigue ou à la distraction du conducteur en assurant ainsi une vigilance constante ? Pour les plus curieux d’entre vous, un guide sur la veille existe dans le site du STRMG : « GUIDE TECHNIQUE - Fonction de veille des tramways »

Imane RHAZZALI,
Cheffe de projets maintenance Matériel Roulant et dépôts

ça vous intéresse


La Raison Impérative d’Intérêt Public Majeur (RIIPM)


L’article L.411-2 du code de l’environnement fixe les trois conditions cumulatives et distinctes qu’il incombe à tout porteur de projet de réunir pour justifier une demande de dérogation au principe d’interdiction de destruction des espèces protégées posé à l’article L.411-1 du code de l’environnement :

  1. Il ne doit pas exister d’autre solution satisfaisante, c’est-à-dire qu’il ne doit pas exister de solution alternative de moindre impact ;
  2. La dérogation ne doit pas nuire au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées ;
  3. Le projet doit en lui-même servir alternativement un des motifs parmi lesquels figure notamment c […] l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement.

S’agissant de la troisième condition, les demandes de dérogation dans le cadre la réalisation d’infrastructures de transport public de voyageurs se fondent généralement sur la notion de RIIPM.

Bien que la Circulaire DNP/CFF N°2008-01 du 21 janvier 2008 ait pu apporter des informations sur la démarche en précisant aux autorités administratives compétentes qu’ « Il convient en particulier de réserver l’octroi de dérogations à l’intérêt public majeur, qui s’attache par exemple à des infrastructures de transport […] », sur le fond, en l’absence de définition législative ou prétorienne de la notion, la difficulté principale réside dans l’identification et l’appréciation, pour chaque projet, des motifs pertinents pour qualifier l’existence d’un intérêt public majeur.

Cette difficulté d’interprétation se double d’une insécurité juridique car la notion de RIIPM se distingue de celle d’intérêt général vérifiée pour l’obtention d’une déclaration d’utilité publique (DUP). Ainsi, un projet déclaré d’utilité publique (DUP) peut ne pas être reconnu comme remplissant la condition de la RIIPM au stade ultérieur de la demande de dérogation à l’interdiction de destruction des espèces protégées. C’est par exemple ce qu’a connu le projet de liaison ferroviaire directe entre la gare de l’Est à Paris et l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle dont la dérogation à l’interdiction de porter atteinte aux espèces protégées a été dans un premier temps annulée par le juge administratif de Montreuil avant d’être finalement validée en appel, alors que le projet était déclaré d’utilité publique.

Ces difficultés ont été levées pour les projets d’installations de production d’énergies renouvelables ou de stockage d’énergie dans le système électrique par la loi n°2023-175 du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables qui leur reconnait la qualité d’opérations répondant à la RIIPM, sous certaines conditions tenant à la puissance d’installation et au type de source renouvelable. Cela concerne sur le territoire métropolitain continental les projets d’installation produisant de l’énergie d’origine photovoltaïque, l’éolien à terre, le biogaz, le solaire thermique, l’hydroélectrique gravitaire, le transfert d’énergie par pompage ainsi que la réalisation de réacteurs électronucléaires en application de la loi n°2023-491.

Si un tel dispositif de présomption de RIIPM n’a toutefois pas encore été prévu par le législateur pour la réalisation de certaines infrastructures de transport publics de voyageurs, l’avis du Conseil d’Etat sur le projet de loi n°2023-175 est cependant éclairant pour guider les porteurs de projets dans la présentation des motifs justifiant la RIIPM, en particulier dans la perspective de mise en œuvre des projets de SERM : « Le Conseil d'Etat considère que, au regard des critères dégagés par la jurisprudence, ceux prévus par le projet de loi, à savoir le type de source renouvelable et la puissance prévisionnelle totale de l’installation projetée, eu égard à la contribution globale attendue des installations de puissance similaire à la réalisation des objectifs pour cette source d’énergie, compte tenu des volets pertinents de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), permettent de présumer cette qualification. En effet, les projets auxquels cette qualification d’opération répondant à une raison impérative d'intérêt public majeur serait ainsi reconnue sont, d’une part, ceux qui produisent l’énergie avec l’une des sources auxquelles la PPE fixe, en raison notamment de leur soutenabilité et de l’indépendance énergétique qu’ils procurent, les objectifs de progression les plus ambitieux, d’autre part, les projets dont la taille est suffisante pour que, individuellement ou collectivement, ils contribuent de façon significative à atteindre les objectifs de cette programmation. Ces projets sont ainsi destinés à satisfaire à un besoin structurel, à long terme, dans le cadre d’une planification décidée par les pouvoirs publics, et répondent ainsi à un motif impératif d’intérêt public majeur. Au surplus, le Conseil d'Etat relève que le plan REPowerEU présenté par la Commission européenne le 18 mai 2022 comprend notamment une proposition de modification de la directive sur l’énergie produite à partir de sources renouvelables (Directive (UE) 2018/2001 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2018), visant à soutenir une accélération des procédures d’octroi de permis pour les projets d’énergie renouvelable et les infrastructures connexes en introduisant le principe selon lequel les énergies renouvelables relèvent d’un intérêt public supérieur ».

Christine Jouannaux
Directrice juridique de Transamo


Parole d'expert

Améliorer et fiabiliser les temps de parcours


L’amélioration de la vitesse commerciale des lignes de transports en commun est un levier important pour l’attractivité des réseaux. Si pour les lignes disposant de sites propres sur une grande partie de leur linéaire (lignes de tramway, lignes de Bus à Haut Niveau de Service) la performance est élevée, pour les lignes de bus classiques, les aléas de circulation influencent fortement les temps de parcours et diminuent l’attractivité de la ligne.
L’amélioration et la fiabilisation des temps de parcours apportent des bénéfices à la fois pour l’exploitant, les usagers ainsi que les Autorités Organisatrices de Mobilité (AOM). Par une meilleure maîtrise des temps de parcours, les moyens peuvent être optimisés en ligne (diminution des temps en terminus pour absorber les retards), et les conducteurs disposent de meilleures conditions de circulation. Pour les usagers, l’amélioration consiste en un meilleur respect des horaires de passages aux arrêts (diminution des temps d’attente) et une meilleure maîtrise de temps de parcours jusqu’à destination (diminution de la variabilité des temps de parcours). Enfin pour l’AOM, une réduction des coûts d’exploitation est possible (diminution du nombre de véhicules en lignes), ou une amélioration de la fréquence à moyens constants.
Si la question des aménagements en faveur des bus s’est longtemps focalisée sur les points durs des réseaux, en particulier les troncs communs autour des pôles bus de centre-ville, aujourd’hui, le travail sur l’amélioration des vitesses commerciales doit se faire à l’échelle de tout une ligne pour obtenir des résultats visibles. Plusieurs réseaux français ont par exemple « labellisé » ce type de réflexion pour les lignes fortes de leurs réseaux : Chrono à Grenoble, Chronobus à Nantes, Fast à Rouen, … Ces labels sont également des opportunités pour communiquer et mettre en avant ces améliorations sur les lignes auprès des usagers.
La mise en place de sites propres et voies dédiées constitue la solution la plus performante, en sortant les bus de la circulation générale. Cette solution bien que la plus efficiente est cependant très consommatrice d’espace et souvent peu compatible avec les largeurs d’emprises des centres-villes aux profils généralement contraints.
Il est ainsi nécessaire de mettre en place des solutions plus fines et adaptées à des segments précis de lignes. L’élaboration des différentes typologies d’aménagement nécessite pour cela de disposer d’une connaissance fine des problématiques rencontrées en ligne. Les temps « perdus » en ligne peuvent être nombreux et variés : temps perdus dans des remontées de files, temps perdus aux feux, aléas de circulation (marché, écoles, commerces, livraisons, stationnement, …) ou encore les arrêts (géométrie des arrêts, temps d’échange passagers, …).

Chacune de ces situations doit être identifiée et comprise pour pouvoir proposer une solution d’aménagement supprimant ou réduisant l’aléa rencontré, adapté au contexte urbain existant. Un diagnostic précis et exhaustif est nécessaire, mettant en avant les points géographiques de la ligne présentant des facteurs d’irrégularité, ainsi que la temporalité de ces aléas. Le croisement de ces informations oriente vers des pistes d’aménagements possibles. Le panel de solutions est très important, et de très nombreux exemples existent dans de nombreuses villes. Si des solutions « classiques » existent, telles que l’aménagement de couloirs bus, le travail sur les points d’arrêts, des solutions plus globales peuvent exister, comme la création de voies de shunt bus dédiées dans de nouveaux quartiers, ou la refonte de plans de circulation dans les centres-villes contraint pour favoriser les itinéraires bus.
Nous avons ainsi pu accompagner le réseau de Chambéry pour la création de voies bus pour la traversée du centre-ville dans le secteur de la gare ferroviaire, ainsi que Rouen pour la réalisation d’aménagements ponctuels pour améliorer les conditions de circulation des 9 lignes Fast. Différentes solutions y ont été mises en œuvre : site propre, contre-sens bus, prise en compte aux feux, …

Les évolutions récentes avec le fort développement des mobilités actives tendent à faire évoluer les réflexions urbaines : nombre de pistes cyclables provisoires ont été réalisées au détriment d’aménagements bus existants, conduisant à une forte dégradation des conditions de circulation pour les bus. Le défi pour les prochaines années sera de faire cohabiter les modes actifs avec les transports en commun dans la ville face à la voiture individuelle.

Rémi Bessaguet,
expert Insertion et exploitation bus, BHNS, BRT

Brèves



Le BRT en théorie…

Le 12 juin, Transamo interviendra dans le cadre de la formation organisée par l’UITP « BRT et le Bus à Haut Niveau de Service » (organisée en ligne du 11 au 20 juin). Notre expert BHNS/BRT Rémi Bessaguet évoquera les bonnes pratiques à travers les exemples de 6 projets (Bogota, Istanbul, Rouen, …).

...Et en pratique, avec des nouvelles d’Asie !

Transamo et Suez apportent une assistance technique à la DBRTCL en vue de la mise en service du premier BRT du Bangladesh, dans le nord du Grand Dacca. Ce projet soutenu par l’AFD transportera plus de 200 000 voyageurs chaque jour grâce à un site propre intégral de 20km entre l’Aéroport de Dacca et Gazipur. Notre équipe s’est rendue sur place en mai pour travailler sur le modèle financier du projet, préciser les missions des futurs exploitants du BRT et préparer les documents clefs des futurs appels d’offres.